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Dans l'oeuvre de Dall'Anese, l'espace sculpte le temps, la matière impassible s'ouvre à la mémoire vibrante de l'homme, à la fragilité de sa chair. Contempler une de ces sculptures, c'est vivre, dans la fulgurance de l'instant, la fusion du sujet et de l'objet, du passé et du futur, de l'homme et du monde -à jamais présents l'un à l'autre.
Pourtant, dans un jeu complexe d'encastrement et d'inclusion, d'assemblage et d'empilement, d'autres matières s'imposent et s'emploient à miner l'orgueilleuse prétention de ces blocs puissants, pour témoigner du temps fragile des choses et des chairs. Alors la blondeur d'un bois raviné offre ses fines stries à la douceur de soie vestiges orphelins de charpentes, bois flottés, ballottés par les eaux, planches disjointes aux rebords doucement effrangés. Et l'on devine, ici ou là, au renflement léger de tenons ou de clous qui les habitent encore, au cercle inégal qui les découpe, aux agrafages et rapiéçages, l'empreinte d'une lointaine instrumentalité. Parfois, c'est un inextricable enchevêtrement de vis, de pointes, et de boulons ; de gonds, de tiges et de charnières, qui fait éclater la tendresse du bois. Mais tordus, arrondis, érodés et ternis sous l'ocre de la rouille, ces outils ont perdu leur rudesse ; débonnaires et désoeuvrés, ils attestent de l'émoussement progressif de toute hostilité.
Joëlle Pagès-Pindon
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